MÉMOIRE DE BEAUTÉ
« Mémoire de beauté » est une expression que ma grand-mère employait souvent. Avec le temps, ces mots ont pris un autre sens et sont devenus une manière de définir mon travail photographique.
Je photographie depuis plus de dix ans des lieux abandonnés, oubliés ou en transformation. Palais, demeures, édifices religieux, usines, établissements médicaux ou architectures progressivement reconquises par la nature : derrière leurs fonctions et leurs histoires différentes, je recherche ce qu’ils ont en commun, les traces de ce qui a été.
Je ne cherche pas à montrer l’abandon pour lui-même, ni à accentuer la désolation de ces espaces. Je m’intéresse au contraire à la beauté qui subsiste : une lumière, un décor, un objet resté en place, une peinture qui s’efface, la végétation qui traverse une fenêtre ou simplement les proportions d’une architecture devenue silencieuse.
Photographier ce qui demeure
Mon approche repose sur une représentation aussi fidèle que possible des lieux. Je privilégie la lumière naturelle, des compositions structurées et une intervention mesurée en post-production. L’image doit conserver l’atmosphère du lieu au moment où je l’ai découvert.
Avec les années, ces photographies sont devenues autant de fragments d’une mémoire fragile. Certains des bâtiments que j’ai photographiés ont depuis été restaurés, transformés ou ont disparu. D’autres poursuivent lentement leur dégradation.
La photographie permet alors de conserver un état qui n’existera plus.
Le temps et la nature
Le temps occupe une place centrale dans mon travail. Il transforme les architectures, efface progressivement les traces humaines et permet parfois à la nature de reprendre possession des espaces.
Cette confrontation entre ce que l’homme construit et ce qui lui échappe traverse plusieurs de mes séries. Elle rappelle la fragilité de ce que nous pensions durable et donne à ces lieux une dimension qui dépasse leur simple abandon.
Je cherche moins à raconter leur histoire exacte qu’à laisser apparaître celle que leurs murs, leurs objets et leurs transformations continuent silencieusement de porter.
Une démarche d’auteur
Mon travail s’est construit au fil de nombreuses explorations et voyages, notamment en France, en Italie, en Espagne, au Portugal et dans différents pays d’Europe. Au fil des années, ces recherches ont donné naissance à plusieurs séries photographiques consacrées à la mémoire des lieux, à l’architecture et à leur transformation.
Certaines ont été distinguées aux International Photography Awards, notamment Italian Frescoes, Silver en 2025, Medical Center, Bronze en 2023, et Plant Under Water, Honorable Mention en 2023.
Pendant cinq années, j’ai également dirigé ma propre galerie à Hossegor, où j’ai exposé mon travail et celui d’autres artistes. Cette expérience a prolongé ma pratique photographique par un travail de sélection, d’exposition et de transmission autour de l’image.
Photographier ces lieux, c’est finalement conserver ce que le temps transforme et ce que l’oubli menace d’effacer. Une mémoire de beauté.